première vide – ne pas effacer
Un peu d'histoire

Pour commencer, remontons un peu le temps… Le régime de base de nos ancêtres préhistoriques se composait majoritairement de fruits et de feuilles, qu’ils et elles ont “rapidement” complété par des racines. La viande fait son apparition plus tard, premièrement lorsque des restes d’animaux morts étaient abandonnés par les carnassiers. La découverte de cet aliment pousse ensuite nos ancêtres à développer des techniques de chasse, et il vient donc compléter de temps à autre les tubercules et fruits habituels.

La découverte du feu amène une nouvelle manière de consommer les aliments, en particulier la viande au début et par la même occasion une transformation sociale autour du “foyer”. Parallèlement, l’émergence de l’Homo Sapiens Sapiens permet le perfectionnement d’outils, notamment de chasse mais également, de techniques de conservations.

Près de 12 000 ans avant notre ère, la nature commence à revêtir une fonction pour les humains, et ceux-ci entreprennent les premières activités d’élevage qui leur permettent d’éventuels problèmes d’approvisionnement face à la population croissante. Dans les 2000 à 4000 années qui suivent, les premiers bourgeons d’agriculture font leur émergence, ce qui impacte fortement la nature nomade de nos ancêtres et leur rapport à la terre. Elles et ils commencent à définir des propriétés en fonction de leur parcelle et les premières villes font leur apparition.

Ces nouveaux centres de vie alimentent toutes sortes de nouvelles activités qui demandent un approvisionnement en nourriture grandissant, ce qui passe premièrement par la mise en place d’échanges allant jusqu’au développement d’une première économie telle que nous la connaissons aujourd’hui.

Dans diverses parties du monde se met en place un système d’approvisionnement parfois inégal, notamment en Europe ou le système féodal en place au Moyen-Âge implique un grand nombre de la population (paysans, cuisiniers dans les palais) qui fournit et prépare de la nourriture pour les seigneurs. Ceci est porté par les révolutions techniques durant plusieurs siècles, et qui permettent un accroissement rapide du rendement des terres (traction animal, irrigation, outillage de l’âge de bronze) ainsi que de la population et de son goût pour la nourriture (la découverte des nouveaux pays apportent par exemple la tomate en Europe).

L’ère de l’agro-alimentaire commence dans la deuxième partie du 20e siècle, parallèlement à l’industrialisation qui met en place des techniques de productions et de conservation qui changent profondément les comportement alimentaires (Coudurier & Lefebvre, 2008).

“Dans l’histoire de l’alimentation occidentale, la seconde partie du 20e siècle est le temps d’une rupture fondamentale des rapport de l’homme à son milieu. Après des siècles de malnutrition atavique*, tout le monde, désormais, mange à sa faim, certes de façon socialement différenciée, mais enfin tout le monde mange (J.-P. Aron, 1987). Durablement, s’installe un sentiment d’abondance, et bientôt de surabondance” (Sociologies de l’alimentation, p.16, Jean-Pierre Poulain, 2017).

*héréditaire

L’agriculture se développe à l’échelle mondiale, des échanges entre les pays se mettent en place et des techniques augmentent encore le rendement en procédant à des croisements et à la modification génétique. Ceci a un impact sur la biosphère, car l’utilisation de chimique qui accompagnent ce techniques est de plus en plus répandu et l’équilibre naturel est déstabilisé et devient plus sensible.

Cette production en masse et sa délocalisation font, par exemple, qu’aujourd’hui 50% des denrées alimentaires consommées en Suisse sont importées et permettent aux supermarchés de mettre à disposition en moyenne 10’000 articles de consommation alimentaire, dont certains viennent de l’autre bout de la planète.

Une déconnection entre le consommateur et son alimentation s’est certes mise en place, mais aujourd’hui de nombreuses entreprises, parfois par les consommateurs eux-mêmes, permettent de se poser des questions et de (re)penser nos modes de consommation. En réfléchissant à l’impact de l’agro-industrie sur la santé, l’environnement et le social nous pouvons (re)devenir “consomm’acteurs” de notre alimentation.

Le contexte Suisse
Quels sont les engagements de notre pays pour l’alimentation? Qu’en est-il à Genève?

Il n’a échappé à personne (?) que la réduction des émissions de gaz à effet de serre est une priorité dans le contexte de la crise climatique actuelle, comme souligné par le rapport du Groupe d’Experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (2018). La Suisse s’est elle-même engagée dans ce sens en ratifiant l’Agenda 2030 pour le développement durable il y a de cela 5 ans (25 septembre 2015) avec l’ambition unanime de “transformer notre monde”.
Ainsi, notamment à travers les Objectifs de Développement Durable (ODD) de l’Organisation des Nations Unies, elle présente en 2018 un rapport national soulignant comment ces ODD sont désormais intégrés dans des “bases légales et d’importantes politiques sectorielles”. Ce rapport mets toutefois en évidence qu’il reste encore d’importants défis à relever, notamment en ce qui concerne l’ODD de production et de consommation durable pour notre santé et notre environnement (12).

A Genève, c’est le “Service Agenda 21 – Ville durable” qui s’est engagé à favoriser des politiques de développement durable dans la municipalité. Dans le cadre de l’ODD 12 – Consommations et productions responsables – le service a par exemple permis la réduction de production de déchets de 21% depuis 2009 et offert 60’000 poubelles vertes et sacs à déchets organiques depuis 2016 (Agenda 21 – Ville durable, 2018). En ce qui concerne l’alimentation plus spécifiquement, le programme “Nourrir la Ville” a été mis en place par le Service Agenda 21, afin de promouvoir une alimentation durable au moyen de trois axes: la valorisation des produits locaux, la sensibilisation au bien manger et le développement de l’agriculture urbaine.

Ainsi, ce programme met en place différents évènements dans la ville afin de sensibiliser à ces thématiques. Notamment, “Festi’Terroir” (5-6 septembre 2020) qui encourage la découverte des productions locales à travers un marché aux Bastions, la “Semaine du Goût” (17-27 septembre 2020) valorisant l’alimentation saine, de qualité et diversifiée et le “Forum de l’alimentation durable” (12-16 octobre 2020) qui permet discussions, échanges et ateliers sur le contenu de nos assiettes et notre rapport à l’alimentation tant au niveau social, qu’environnemental et sanitaire.

Depuis 2019 les objectifs de Swiss Food Academy s’alignent avec la perspective de la Ville et son programme de durabilité dans le cadre de l’ODD 12 et est intégrée au programme “Nourrir la Ville” afin de permettre aux enfants et jeunes adultes d’apprendre et d’expérimenter autour de la thématique alimentaire.

L’alimentation durable et saine et Swiss Food Academy

Quand nous parlons d’alimentation durable chez Swiss Food Academy, il s’agit d’un système alimentaire non-linéaire que nous tentons de considérer dans sa globalité. Ce système comprend de nombreux pôles qui englobent les activités de production, transformation, distribution et consommation. L’alimentation durable repense ce système de la graine à l’assiette en termes de santé, d’éthique, de justice sociale et d’environnement.

  • Santé

Les habitudes alimentaires impactent directement la santé. En Suisse, un enfant sur six est en surpoids et outre les problèmes de développement psychosocial que cela peut engendrer dû à sa perception sociale et les discriminations en découlant, une mauvaise alimentation est associée chez les enfants et les jeunes adolescent.e.s à différentes pathologies physiques (Pulgaron, 2013).

En effet, et les enfants en surpoids ont plus de chance d’avoir des problèmes d’obésité plus tard, ce qui peut également provoquer ou aggraver les risques de maladies cardiovasculaires, diabète et apnée du sommeil. (OFSP, 2020). Il paraît donc nécessaire d’informer et de permettre le développement d’outils dès le plus jeune âge afin de prévenir ces risques. Des régimes déséquilibrés, c’est-à dire trop sucré ou salé, trop gras ou ne contenant que peut de fibres et vitamines, ceci ajouté aux procédés industriels par lesquels nos aliments passent impactent notre santé. La transformation des produits de base nécessite en effet, souvent des ajouts (conservateurs, sel, vitamines stabilisées) au détriment des valeurs nutritives présentes à l’origine dans le produit. La problématique de la santé est donc liée au système de l’alimentation durable à différents niveaux : une agriculture de proximité et de qualité permet un accès à des produits non transformés qui sont donc plus sains (pas de sel ou sucre ajouté, pas de conservateurs) et qui préservent les ressources naturelles, créant des habitudes alimentaires qui permettent la prévention des maladies et de la malnutrition. Elle permet également la création d’un lien social entre différentes parties et la conscientisation de ce que représente un système alimentaire en soi.

  • Agriculture de qualité

Le domaine de la production et de l’agriculture sont ici abordés de manière très concise tant il est vaste et important. Dans le contexte de l’alimentation durable, une agriculture de qualité est une agriculture de proximité et de saison, ceci permettant de valoriser les circuits courts et des modèles agro-écologiques respectant l’environnement, ainsi qu’une réduction du gaspillage. En Suisse, il est intéressant de constater que que 90% des exploitations agricoles participent à des programmes agro-environnementaux (CCE; 2017), il ne s’agit donc pas de pointer du doigt les producteurs, qui ont déjà des conditions de travail compliquées, mais plutôt de réfléchir à nos modes de consommation. Il est possible de favoriser ces systèmes en participant à une agriculture contractuelle de proximité.

  • Justice Sociale

La justice sociale est également un pilier de l’alimentation saine et durable selon nous. Elle est fondée sur l’égalité des droits pour tous les peuples et leur possibilité de bénéficier du progrès social et économique de manière équitable. Ainsi, la promouvoir n’est pas simplement égal à une augmentation des revenus, mais implique tout un système visant à protéger les droits, l’autonomie économique sociale et politique des travailleurs et travailleuses. Ceci, par exemple tout en développant l’égalité homme/femme, réduisant la pauvreté, l’exclusion et le chômage. Tout comme les quatre autres pilier de l’alimentation durable, la justice sociale prend place en « tenant compte de l’équité des rapports sociaux [et] en intégrant [des] dimensions telles que celles sanitaires» éthiques, politiques et économiques (Sauvé, 2013). Diverses initiatives ont été et sont mises en place à Genève par les citoyen.ne.s et les collectivités, dans le but de réduire l’impact environnemental de l’alimentation et de valoriser les productions locales tout en en faisant un vecteur de justice sociale. C’est notamment à travers la juste rémunération des producteur.ices, la ré-insertion sociale et professionnelle, une économie solidaire et sociale, la promotion de valeurs d’équités et de transparence et d’une citoyenneté éco-responsable et juste que ce pilier prend place dans le système dynamique de l’alimentation durable.

  • L’éthique

La composante éthique comporte différents axes. Dans le contexte de l’alimentation durable c’est en particulier dans l’accessibilité à une nourriture de qualité pour toutes et tous, une rémunération juste des producteurs et productrices tout comme des conditions d’élevages respectueuses de l’animal et de son environnement (Paturel et Ramel, 2017) qu’elle est considérée. Une consommation éthique se pratique lorsque nous acquérons et utilisons des produits et ressources, non seulement en fonction de nos valeurs personnelles et du plaisir qu’ils nous procurent, mais également en fonction de ce que nous considérons comme “juste et bien” au sens moral du terme (Starr, 2009). Ainsi, cette composante peut-être relativement “malléable” en fonction de ce que chacun et chacune comme étant “juste et bien” mais elle comporte généralement les composantes de respect du corps, des animaux, de la nature, de la solidarité et de transparence.

Article et infographie realisés par Cora Aguirre

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