Le microbiote intestinal et ses super-pouvoirs

Le microbiote intestinal, qu’est-ce que c’est ?

Le microbiote intestinal correspond à l’ensemble des micro-organismes (bactéries, virus, champignons…) qui vivent dans notre intestin (INRAE, s. d. ). Il joue un rôle important dans la digestion, le système immunitaire et plus largement dans le bon fonctionnement de l’organisme.

Chaque personne possède un microbiote unique, qui évolue tout au long de la vie en fonction de l’alimentation, du mode de vie ou encore de l’environnement. Il est également en lien avec le cerveau, ce qui explique qu’on parle parfois de “deuxième cerveau”, notamment en raison des interactions entre l’intestin et différentes fonctions comme l’humeur ou le stress (Mayer et al., 2015 ; Dinan & Cryan, 2017).

On entend souvent parler de “microbiote sain”, mais en réalité, il n’existe pas un seul microbiote idéal. Les recherches montrent que le microbiote est très différent d’une personne à l’autre, et qu’il peut varier selon le contexte ou l’état de santé. Plutôt que la présence de bactéries précises, ce qui semble surtout important, c’est la diversité des micro-organismes et leur équilibre global (McBurney et al., 2019).

Pour résumer, le microbiote n’est pas quelque chose de fixe ou d’universel: c’est un écosystème vivant, individuel, qui dépend en grande partie de nos habitudes de vie et de notre alimentation.

Comment entretenir son microbiote ? 

Les fibres, c’est la base

Les fibres constituent le principal “carburant” du microbiote (Makki et al., 2018). Comme elles ne sont pas digérées par notre organisme, ce sont les bactéries intestinales qui les utilisent. En les fermentant, elles produisent des acides gras à chaîne courte, des molécules impliquées dans la régulation de l’inflammation et le maintien de la barrière intestinale (Fu et al., 2022).

Une alimentation riche en fibres est ainsi associée à une plus grande diversité du microbiote et à une meilleure santé globale (Reynolds et al., 2019 ; Simpson & Campbell, 2015). À l’inverse, un faible apport en fibres peut appauvrir le microbiote et fragiliser l’équilibre intestinal (McBurney et al., 2019).

Manger plus végétal et varié

Les fibres se trouvent principalement dans les aliments d’origine végétale : fruits, légumes, légumineuses, céréales complètes ou encore oléagineux.  Une alimentation riche et variée en produits végétaux est associée à un microbiote plus diversifié et à une meilleure production de composés bénéfiques (Dahl, Mendoza & Lambert, 2020 ; Simpson & Campbell, 2015). À l’inverse, une alimentation plus riche en produits animaux et pauvre en fibres est associée à un microbiote moins favorable (Ferraris et al., 2020).

Limiter les aliments ultra-transformés

Les aliments ultra-transformés peuvent perturber le microbiote pour plusieurs raisons : ils contiennent souvent des additifs (comme certains émulsifiants ou édulcorants) susceptibles d’altérer la composition des bactéries intestinales, et ils sont généralement pauvres en fibres, donc peu “nourrissants” pour le microbiote (Armet et al., 2022 ; Zinöcker & Lindseth, 2018).

Les recommandations actuelles encouragent donc à privilégier des aliments simples et peu transformés (Monteiro et al., 2019).

… Mais le microbiote ne dépend pas que de l’alimentation !!

Notre mode de vie joue aussi un rôle important. L’activité physique, par exemple, est associée à une plus grande diversité du microbiote et à des effets bénéfiques pour la santé (Valdes et al., 2018). Bouger régulièrement favorise certaines bactéries impliquées dans la digestion ou la régulation de l’inflammation. Le stress et le sommeil jouent aussi un rôle. Le stress chronique ou un sommeil de mauvaise qualité peuvent perturber l’équilibre du microbiote, notamment via les interactions entre le cerveau et l’intestin (Kadri et al., 2022 ; Ashaolu et al., 2021).

Etat des lieux en Suisse

En Suisse, les habitudes alimentaires restent parfois éloignées des recommandations nutritionnelles.

Par exemple, selon l’OSAV en 2017,  18 % des Suisses rapportent consommer les 5 portions de fruits et légumes recommandées par jour, et l’apport moyen en fibres est estimé à environ 21 g par jour, contre 30 g recommandés.

Dans les pays industrialisés, on observe une tendance à une diminution de la diversité alimentaire et de l’apport en fibres, au profit d’aliments plus transformés (Heiman & Greenway, 2016). Cette évolution des habitudes alimentaires est associée à des modifications du microbiote, qui augmentent le risque de certaines pathologies chroniques (Fu et al., 2022).

Par ailleurs, les modes de vie contemporains (stress, manque de temps, repas rapides) influencent fortement les comportements alimentaires, ce qui impacte indirectement le microbiote.

Enquête sur les habitudes alimentaires

En janvier 2026, nous avons commencé la campagne par la diffusion d’une enquête sur les perceptions, les habitudes alimentaires et le bien-être digestif. L’objectif était de mieux comprendre comment vous mangez au quotidien, et comment vous percevez le microbiote, pour construire une campagne utile et ancrée dans le quotidien.

Au total, 128 personnes ont répondu.

Les résultats montrent que le microbiote est un concept connu, mais encore flou. Il est souvent associé à la digestion, aux “bonnes bactéries” ou à l’équilibre, mais sans que les liens concrets avec l’alimentation soient toujours clairs. Certains participants déclarent déjà adopter des habitudes favorables, comme consommer des fruits et légumes, des fibres ou des aliments peu ou pas transformés. Pourtant, ces pratiques ne sont pas toujours reliées explicitement au microbiote.

L’enquête met aussi en évidence un point central : l’alimentation est influencée par le quotidien. Le manque de temps, le stress ou les repas pris rapidement reviennent très souvent. Autrement dit, les choix alimentaires ne se font pas uniquement en fonction des connaissances, mais aussi en fonction du rythme de vie.

À partir de ces résultats, nous avons construit la campagne en nous appuyant sur une démarche basée sur les données : identifier ce qui pouvait être amélioré, et proposer des actions simples, concrètes et réalistes. L’idée n’était pas d’ajouter des règles, mais de rendre plus clair le lien entre les habitudes du quotidien et le microbiote.

Cliquez ici pour accéder aux résultats de l’enquête 

Campagne digitale « Les Super-Pouvoirs du Ventre »

À partir de l’enquête, nous avons construit une campagne digitale organisée sur 3 semaines, chacune ayant une logique pédagogique différente. 

Semaine 1 : Poser les bases

Cette première semaine avait pour objectif d’expliquer ce qu’est le microbiote, à quoi il sert et pourquoi on en parle autant. L’idée n’était pas d’entrer dans des détails scientifiques, mais plutôt de clarifier certains éléments souvent flous, comme les “bonnes bactéries” ou le lien entre l’intestin et le cerveau.

Voici quelques exemples de visuels publiés sur notre compte Instagram :

Visuel campagne microbiote 2ème cerveau

Semaine 2 : Faire le lien entre le microbiote et la vie quotidienne

Nous voulions montrer que le microbiote n’est pas qu’une question d’alimentation. Le stress, le sommeil, le rythme de vie… jouent aussi un rôle essentiel. Cela faisait écho à plusieurs éléments sortis de l’enquête, notamment le manque de temps, les repas pris rapidement ou encore la fatigue. Nous voulions ainsi montrer comment le microbiote s’inscrit dans la vie quotidienne.

Voici des exemples de visuels publiés sur notre compte Instagram :

Semaine 3 : Comment notre alimentation impacte le microbiote ? 

Nous avons choisi de nous concentrer sur trois axes essentiels pour prendre soin du microbiote intestinal :

  • Le rôle central des fibres alimentaires
  • Pourquoi manger 5 fruits et légumes par jour fait plaisir à notre microbiote ?
  • L’importance de favoriser les aliments bruts

L’idée n’était pas de donner des règles supplémentaires, mais de montrer comment certaines habitudes bonnes pour le microbiote peuvent s’intégrer de manière simple au quotidien. 

Vous connaissez certaines recommandations, et nous les avons reliées concrètement au microbiote !

Vous pouvez retrouver l’intégralité de la campagne sur notre compte Instagram.

Vidéo de la campagne pour découvrir des astuces simples afin d’ajouter plus de fibres dans son alimentation

Jeux pédagogiques au Salon du Livre 2026

En plus de notre campagne digitale, nous avons aussi amené le microbiote sur le terrain lors du Salon du Livre ! Pendant 5 jours, nous avons eu la chance de sensibiliser près de 500 personnes (275 adultes et 221 enfants).

Le parcours était organisé en plusieurs ateliers ludiques.

Les participants pouvaient par exemple dessiner ou décrire le microbiote sur des post-its, pour activer leurs connaissances et leurs représentations à ce sujet.

Ils étaient ensuite invités à manipuler différents objets représentant des aliments ou des habitudes de vie, en les plaçant sur un grand intestin en Sagex selon qu’ils étaient favorables ou non au microbiote. Ce jeu permettait d’ouvrir la discussion, de corriger certaines idées reçues et de mettre en avant l’impact de certaines habitudes de vie et alimentaires sur le microbiote.

Un petit jeu autour des fibres permettait aussi de comparer rapidement plusieurs produits à partir de la liste d’ingrédients, de la présence de céréales complètes ou de la quantité de fibres. L’objectif était surtout de montrer qu’il est possible de faire des choix simples et réalistes au quotidien, sans complexité ni charge mentale.

Pour finir, certains participants prenaient un moment pour réfléchir à une petite action concrète à mettre en place dans leur quotidien.

Vidéo de présentation de nos ateliers au Salon du Livre

Ces échanges ont confirmé ce que nous avions déjà observé dans l’enquête : beaucoup de personnes ont déjà des habitudes favorables à leur microbiote, sans forcément faire le lien avec celui-ci.

Le format en présentiel a apporté quelque chose de précieux : prendre le temps d’échanger, d’adapter les messages et de parler du vécu de chacun.

Conclusion

Finalement, parler du microbiote, c’est aussi une manière de parler d’alimentation, de mode de vie et de santé globale. Et plus les scientifiques avancent, plus une idée s’impose : notre corps fonctionne un peu comme un immense réseau connecté, où le microbiote agit presque comme un chef d’orchestre. Fascinant, non ?

Notre équilibre intestinal influence bien plus que la digestion seule. Énergie, immunité, humeur, qualité du sommeil… Le microbiote joue un rôle essentiel dans notre santé.

Cependant, il n’existe pas une solution miracle ou un régime universel capable de “réparer” instantanément son microbiote. En revanche, certaines habitudes simples, comme une alimentation variée et riche en fibres, une activité physique régulière, une bonne gestion du stress ou encore un sommeil de qualité, peuvent contribuer à préserver cet écosystème. Évidemment, cela ne signifie pas devoir être parfait ! Il s’agit plutôt d’intégrer petit à petit des habitudes qui nous correspondent, tout en écoutant son corps et son esprit.

Comprendre le microbiote permet aussi de porter un regard différent sur notre santé : moins fixé sur des symptômes isolés, et davantage sur l’équilibre de l’ensemble de l’organisme…

Oriane Massiera

Stagiaire en psychologie de la santé

Références

Ashaolu, J. O., Sylvain, S. Y. M., Otuechere, C. A., Bamigboye, O. C., & Ashaolu, T. J. (2024). Physical activity, gut microbiota and the nexuses of metabolic and psychological disorders in children and adolescents. Discover Public Health, 21(1). https://doi.org/10.1186/s12982-024-00138-5

Dinan, T. G., & Cryan, J. F. (2017). The Microbiome-Gut-Brain Axis in Health and Disease. Gastroenterology Clinics Of North America, 46(1), 77-89. https://doi.org/10.1016/j.gtc.2016.09.007

Fu, J., Zheng, Y., Gao, Y., Xu, W., Fu, J., Zheng, Y., Gao, Y., & Xu, W. (2022). Dietary Fiber Intake and Gut Microbiota in Human Health. Microorganisms, 10(12). https://doi.org/10.3390/microorganisms10122507

Kadri, A. (2025). Review on Gut-Brain Connection : How Lifestyle Influences Gut Microbiome & Brain Health. Dans Advances in Health Sciences Research (p. 25-30). https://doi.org/10.2991/978-94-6463-966-7_4

Makki, K., Deehan, E. C., Walter, J., & Bäckhed, F. (2018). The Impact of Dietary Fiber on Gut Microbiota in Host Health and Disease. Cell Host & Microbe, 23(6), 705-715. https://doi.org/10.1016/j.chom.2018.05.012

Mayer, E. A., Tillisch, K., & Gupta, A. (2015). Gut/brain axis and the microbiota. Journal Of Clinical Investigation, 125(3), 926-938. https://doi.org/10.1172/jci76304

McBurney, M. I., Davis, C., Fraser, C. M., Schneeman, B. O., Huttenhower, C., Verbeke, K., Walter, J., & Latulippe, M. E. (2019). Establishing What Constitutes a Healthy Human Gut Microbiome : State of the Science, Regulatory Considerations, and Future Directions. The Journal of Nutrition, 149(11), 1882-1895. https://doi.org/10.1093/jn/nxz154

Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires. (2017). menuCH : consommation alimentaire en Suisse. Confédération suisse. https://www.blv.admin.ch/blv/fr/home/lebensmittel-und-ernaehrung/ernaehrung/menuCH/menuch-lebensmittelkonsum-schweiz.html

INRAE. (s. d.). Microbiote intestinal. Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement. https://www.inrae.fr/alimentation-sante-globale/microbiote_intestinal

Reynolds, A., Mann, J., Cummings, J., Winter, N., Mete, E., & Morenga, L. T. (2019). Carbohydrate quality and human health : A series of systematic reviews and meta-analyses. The Lancet, 393(10170), 434-445. https://doi.org/10.1016/S0140-6736(18)31809-9

Simpson, H. L., & Campbell, B. J. (2015). Review article : Dietary fibre–microbiota interactions. Alimentary Pharmacology & Therapeutics, 42(2), 158-179. https://doi.org/10.1111/apt.13248

Valdes, A. M., Walter, J., Segal, E., & Spector, T. D. (2018). Role of the gut microbiota in nutrition and health. BMJ, 361, k2179. https://doi.org/10.1136/bmj.k2179

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